Une monnaie refuge qui se déprécie

La paire EURCHF se négocie à un plus haut de trois ans, proche du plancher que la Banque nationale suisse a abandonné en janvier 2015. Les tensions géopolitiques, qui devraient normalement faire d'une monnaie refuge comme le franc un investissement populaire, l'ont ramenée sur des niveaux bas.

La paire EURCHF a atteint Mercredi, son meilleur niveau depuis janvier 2015, lorsque la Banque nationale suisse a supprimé le floor de 1,20 qu'elle avait fixé pour le franc par rapport à la monnaie commune, et autorisé la paire à s’échanger librement.

L'une des raisons de l'instauration initiale de ce floor était de protéger le franc face aux investissements massifs en Suisse du au programme de rachat d’actifs de la BCE. Son retrait a fait en sorte que le franc a atteint son niveau le plus élevé jamais atteint par rapport à l'euro, mais il a été de courte durée, car il a lentement retracé ses gains au cours des trois dernières années.

Le franc suisse était la valeur aberrante au cours des dernières 24 heures. Les deux monnaies refuges semblent répondre asymétriquement au risque. L'environnement "risk off" a fait grimper le yen plus que le franc, mais le "risk on" semble faire baisser le franc plus que le yen.

Et tandis que le dollar américain a légèrement augmenté mercredi, sa faiblesse générale jusqu'à présent cette année, en baisse de 2,8%, et l'année dernière, en baisse de 9,9%, pourrait avoir joué un rôle dans la dépréciation du franc face à l’euro.

Les sanctions américaines sur les investissements suisses liés à la Russie pourraient également avoir impacté le franc, les relations entre Moscou et Washington s'aggravant suite aux allégations d'altération de la course présidentielle américaine de 2016 et le soutien de la Russie au président syrien Bachar al-Assad soupçonné d’avoir mené une attaque chimique en Syrie.

En plus de cela, alors que les shorts de la devise suisse traînent depuis un certain temps, le fait qu'ils n'aient pas augmenté de manière agressive suggère qu'il pourrait y avoir encore plus de place pour l'affaiblissement de la Suisse

L'euro est une alternative plus significative au dollar que le franc, et les responsables suisses ont clairement signalé leur intention de retarder les autres banques centrales dans la normalisation de la politique monétaire : Le président de la BNS, Jordan, a déclaré la semaine dernière qu'il ne voulait pas déclencher une soudaine appréciation du franc. Une hausse des taux d'intérêts conduit généralement à l'appréciation d'une monnaie. Le banquier central a également déclaré que la normalisation ailleurs - c'est-à-dire à Francfort, où se trouve la BCE -  serait avantageux pour la Suisse, car cela donnerait à la BNS une marge de manœuvre.

Le référendum «Initiative Vollgeld» du 10 juin pourrait aussi peser sur le franc car il s’agit d’un vote national controversé et potentiellement préjudiciable sur l'abandon du système actuel de réserve partielle. Le ministère suisse des finances et la BNS sont opposés à la proposition, estimant que cela mettrait en péril la croissance et la prospérité de la Suisse.