Avec une économie américaine fleurissante outre atlantique, l’euro peut-il se renforcer face au dollar ?

Sur le marché des changes, peu de devises résistent à la vigueur du billet vert, l'euro pas plus que d'autres avec près de 9% de recul au cours des quatre derniers trimestres sur fond de ralentissement de la croissance européenne. Et si l'euro était néanmoins prêt à redécoller ?

L'attrait du dollar, la monnaie mondiale de référence, s'explique sans peine par le niveau de croissance économique des États-Unis. A 2,3% contre 1,3%, la croissance du PIB américain devrait être deux fois plus rapide que celle de la zone euro en 2019, selon les prévisions du FMI publiées en avril dernier. Une situation du reste (malheureusement pour les Européens) très habituelle au cours des 20 années d'existence de la devise, la croissance américaine a surperformé celle de l'Europe le plus clair du temps.

Mais, estime Brendywine (une société de gestion nord-américaine affiliée à Legg Mason, mais opérationnellement indépendante), la croissance de l'économie risque de ralentir aux États-Unis, principalement parce que l'effet du stimulus budgétaire lancé par Donald Trump après son élection touche à sa fin. Inversement, cela intervient à un moment il pourrait y avoir davantage de relance budgétaire en Europe avec notamment la mise en place du TLTRO pour la BCE.

Parallèlement, le différentiel de rendement des taux d'intérêt a aussi favorisé le dollar, rappelle Brandywine. L'écart actuellement entre les bons du Trésor américain à dix ans et celui du Bund allemand de même échéance n'a jamais été aussi important depuis la présidence Reagan (également marquée par une forte croissance économique). Néanmoins, le coût de la couverture de change pour les investisseurs européens finit par gommer l'attrait du billet vert.

Par ailleurs, la zone euro dans son ensemble présente actuellement un excédent budgétaire: (autrement dit la région économise davantage qu'elle ne dépense) proche de 3% du PIB, et la position extérieure nette (le solde entre les actifs détenus à l'étranger par les membres de la zone et le stock d'actifs européens détenus par les étrangers) s'améliore pour se situer actuellement à un plus haut historique (bien que pas encore en territoire positif). Si la tendance se poursuivait jusqu'à amener la zone euro en situation de fournisseur net de capitaux au reste du monde, la demande pour sa devise devrait grimper encore.

Dernier argument en faveur de la monnaie unique selon Brandywine: le fait même que l'euro soit aussi mal-aimé des opérateurs. Les indicateurs du sentiment en faveur de la devise sont au plus bas depuis plus d'un an, ce qui n'a rien d'étonnant après que la Banque centrale européenne a repoussé toute hausse de taux à plus tard, et les opérateurs sur le marché des devises sont en majorité positionnés à la baisse. Sachant que le sentiment est souvent un indicateur "contrariant" lorsqu'il arrive à un niveau d'excès - autrement dit un pic de sentiment positif sur un actif est souvent suivi d'une baisse alors qu'un pic de sentiment négatif est suivi d'une reprise-, le terrain est propice à un rebond de l'euro dès qu'un catalyseur -amélioration de la croissance, redressement de l'inflation ou signaux moins accommodants de la BCE- se mettra en place.